Carte blanche à l'artiste Oze

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Par Mathilde Redaud :


Hapchot a donné carte blanche à Zoë, volontaire en service civique à l’écolieu Jeanot depuis le mois de septembre, pour réaliser les visuels des Midinales. Rencontre.

Zoë ou bien Oze comme elle aime à signer ses dessins et ses toiles, nous vient de Haute-Savoie.
Elle dessine depuis qu’elle sait tenir un crayon et sa chambre a été son premier terrain d’expérimentations. Elle suit un cursus artistique en commençant par un bac en arts appliqués qu’elle complète par une prépa aux Beaux-Arts de Sète.
Néanmoins, elle doit sans cesse justifier ses choix artistiques et cette approche autocentrée de la pratique artistique ne lui convient pas. Un besoin d’ouverture se fait sentir et Zoë se réoriente vers le milieu médico-social en suivant une formation d’assistante sociale. Pendant trois ans, elle ne touchera pas un crayon ni ne chatouillera une toile.
C’est à l’occasion d’un voyage en Nouvelle-Zélande qu’elle renouera avec cette pratique sous le format du carnet de bord dans lequel elle consignera ses observations paysagères, ses ressentis et ses découvertes culturelles.

À son retour en France en 2017, sa décision est prise : mettre sa pratique du dessin et de la peinture en priorité dans son quotidien. Elle cherche aussi du côté de la linogravure dont elle affectionne la dimension de reproduction manuelle. Des motifs surgissent alors, récurrents : ce sont des figures féminines auréolées de formes végétales. Elles s’accumulent dans une série de portraits au titre évocateur : Les Veilleuses.
Zoë affirme que ses œuvres sont libres d’interprétation et se réjouit d’écouter les témoignages des regardeur.euse.s. Toutefois, elle exprime l’effet cathartique de sa série Les Veilleuses, qui a été pour elle une auto-thérapie lorsqu’elle a affronté la disparition de son père à l’été 2019. Ces femmes tripartites au long cou et au visage affublé d’une boucle d’oreille pendante et d’un chignon, sont des totems protecteurs pour les personnes visibles comme celles qui nous sont devenues invisibles.

Aujourd’hui, du haut de ses 26 ans, elle continue de développer les portraits de femmes et les carnets de voyage dans lesquels elle associe l’écriture aux paysages. Elle souhaite également diversifier ses supports d’expression avec les affiches ou les étiquettes de bouteilles de vin.
C’est pourquoi, elle s’est volontiers prêtée au jeu de la carte blanche Hapchot. Depuis son arrivée à Jeanot, cela la titillait de faire quelque chose avec la radio, c’est désormais chose faite. Elle nous propose donc un dessin chaque lundi sur la thématique de la Midinale.
Le 16 novembre, on s’intéressait aux projets inutiles et Zoë a tout de suite pensé au manifeste de Nuccio Ordine sur « L’utilité de l’inutile » et au passage qui cite Eugène Ionesco lorsqu’il questionne la place de l’art dans une société qui ne comprend pas l’utilité de l’inutile et vice-versa.

On vous laisse avec les mots du dramaturge :


 « Regardez les gens courir affairés, dans les rues. Ils ne regardent ni à droite, ni à gauche, l’air préoccupé, les yeux fixés à terre, comme des chiens. Ils foncent tout droit, mais toujours sans regarder devant eux, car ils font le trajet, connu à l’avance, machinalement. Dans toutes les grandes villes du monde c’est pareil. L’homme moderne, universel, c’est l’homme pressé, il n’a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu’une chose puisse ne pas être utile ; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c’est l’utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l’utilité de l’inutile, l’inutilité de l’utile, on ne comprend pas l’art ; et un pays où on ne comprend pas l’art est un pays d’esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit ; où il n’y a pas l’humour, où il n’y a pas le rire, il y a la colère et la haine. »



https://www.instagram.com/sallazoe/


Date de publication 04.12.2020