Edito de la semaine : La ville

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J'ai habité une belle ville dans le nord de la France.
Il y avait un quartier populaire très agréable pour aller se balader, lorsqu'il faisait beau. Ça n'a plus rien à voir maintenant.


La place où les enfants aimaient jouer au foot est devenue un parking,
Les bars où nous allions retrouver les copains en terrasse pour boire des coups le soir après le boulot ou boire un thé au soleil le dimanche après le marché,
Cette cave où nous allions découvrir les meilleurs musiciens du quartier le mardi soir pour les soirées jam sessions,
Ces lieux de rencontre et d'ivresse sont devenus des restaurants bien au-dessus de nos moyens


A l'emplacement du disquaire chez qui nous allions fouiner dans les bacs à vinyles durant des heures le samedi après-midi
On y trouve maintenant une banque
Sans parler de l'épicerie familiale du coin de la rue Colbert, remplacée par un énième "Carrefour market"
Sur ce mur on pouvait y découvrir de  nouvelles fresques de peintures quasiment tous les jours, tous les graffeurs de la ville y ont un jour, posé leur blaze.
Ça donnait une identité au quartier et surtout ça le rendait joyeux, vivant.
Maintenant le mur a été repeint en gris et sert d'espace publicitaire pour les commerces du nouveau grand centre commercial qui a remplacé les anciennes halles de marché...
Les rues ont été vidées de ses artistes, musiciens et zonars en tous genre.

Tout ça pour rendre le quartier plus sûr soit-disant, parce que trop de monde dans la rue, trop de bruit, pas assez propre...
La vérité c'est qu'ils ont voulu éloigner la misère vers la banlieue, pour la cacher,
Rentre le quartier plus policé et plus blanc aussi,
Vidé de sa jeunesse métissée, de sa vivacité,
Le bobo a remplacé le populaire,
A grand coup de stratification sociale.

Dans ma ville il y a ces statues pleines de crottes de pigeons,
De ces personnages qui ont autant écrit qu'effacé l'histoire pour être érigés en héros,
Il y a ces noms des rues aussi,
Avenue du Maréchal pétain, Rue Colbert...
Ah ça lui faisait tout drôle à monsieur Fofana
D'avoir son épicerie dans une rue au nom du rédacteur du code noir
Colbert, qui reléguait les noirs au rang de biens mobiliers.


Avec ces ordures ma ville est puante
Sans parler des odeurs,
Celle de la vapeur qui s'échappe du bitume trempé,
Celle de ces gaz et de ces fumées de pollutions qui s'échappent de partout,
Celle de la pisse aussi,
Ou celle du javel de tous ces lieux aseptisés.
 
Il est possible de faire du vélo dans un parc autour d'une citadelle fortifiée.
Mais on évite d'y aller lorsqu'il fait trop chaud car l'air est irrespirable lorsque l'usine qui se trouve juste à côté tourne à plein régime,
La nuit même les flics ne s'y aventurent pas, de peur de de se faire agresser.
Dans le centre de la ville, il y a un très joli quartier, plein de magasins chics et de bons restaurants.
Dans ces zones de la ville débordante de luxe et de consommation, se côtoient sans se regarder ceux qui consomment jusqu'à l'indécence et ceux qui mendient pour un sandwich...

Pour se déplacer, il y a des bus et un métro. C'est pratique pour aller au parc, à la piscine, au cinéma ou encore au théâtre, parce que la ville est très grande.
Mais les populations éloignées du centre ne peuvent pas toutes se déplacer en ville car les transports en commun ne sont toujours pas gratuits.
Il est agréable de marcher dans les petites rues pour admirer l'architecture des maisons anciennes. Elles sont spacieuses mais sont pourtant inoccupées depuis si longtemps déjà.
Comme toutes les maisons du quartier d'ailleurs.
Elles appartiennent à de riches propriétaires qui refusent d'y loger ceux qui en ont besoin.
Et pourtant 3 personnes sont à la rue pour 10 logements inoccupés.

La ville ce sont tous ces contrastes si forts,
où se côtoient :
Richesse et Misère
Accueil et Exclusion
Collectifs et Individualisme
Solidarité et Discrimination
Manifestation de liberté et Répression violente
Des autorités qui délogent
à coups de matraques ceux qui vivent dans la rue
parce qu'on a bétonné les ouvertures des logements inoccupés.

Malgré la concentration de population, on se côtoie sans jamais se rencontrer,
dans cet écosystème prêt à imploser...

Date de publication 30.11.2020